Article d’Agathe Boyer paru dans le journal de la SSJB novembre 2008. Lu à la vigile du 18 février 2012 par Rhéal Mathieu
Le 23 novembre 1837, les premiers
affrontements ont lieu à Saint-Denis. Douze
patriotes sont tués. Le 25 novembre, le village de
Saint-Charles est attaqué à son tour; une trentaine
de patriotes sont tués. Privé de ses rédacteurs,
Duvernay et Viger, le journal La Minerve cesse
de paraître le 20 novembre 1837.
À Montréal, on commence à dénoncer les
dures conditions de détention des prisonniers
politiques écroués à la vieille prison de la rue
Notre-Dame. Denis-Benjamin Viger témoignera
qu’à cette époque, les détenus sont restés dans
leurs quartiers respectifs sans pouvoir sortir dans
la cour de prison. Madame Gamelin cherche
le moyen d’aller soulager leur infortune. En
plaidant en leur faveur auprès du shérif Saint-
Ours, elle a obtenu l’autorisation d’aller à la
prison où elle était déjà connue par ses visites
auprès des femmes et des malades mentaux.
Le notaire Girouard confi rme dans une lettre
que des dames charitables de Montréal ont
permission d’apporter de la soupe aux pauvres
prisonniers. Sans ces visites et ces secours,
les prisonniers n’auraient eu que pain pour
toute nourriture précisent certains prisonniers.
Il poursuit Mesdames Gamelin et Gauvin
espèrent bientôt leur distribuer de la soupe et
autres soulagements. Presque tous les jours,
les Montréalais voient madame Gamelin se
diriger vers la prison avec une compagne.
Elles pénètrent dans l’établissement carcéral
un panier de provision au bras. Émilie n’hésite
pas à se faire la messagère des familles et des
prisonniers et remet aux uns et aux autres les
lettres et les colis qui lui sont confi és. Dans la
ville, on la surnomme « l’ange des prisonniers
politiques ». Elle prie avec les prisonniers,
leur fait une lecture spirituelle et leur distribue
avant de partir des images de Notre-Dame-dela
Délivrance. Léandre Ducharme, un commis
de Montréal, de vingt et un ans, conservera
précieusement cette image durant son exil en
Australie et la rapportera plus tard aux Soeurs de
la Providence.
On doit aussi à Mère Gamelin d’avoir conservé
pour la postérité le testament de Chevalier De
Lorimier. Sophie, âgée de treize ans et fille de
Jacques Longtin, cultivateur de Saint- Constant,
accompagne Émilie à la prison pour voir son père.
Elle écrit ceci : En l’apercevant, les prisonniers
allèrent au devant d’elle comme au devant d’une
mère. Elle les salua en disant : « Je viens voir
comment se portent mes enfants aujourd’hui !»
Elle distribua les messages des familles et les
provisions, du tabac, des friandises, fait une
courte lecture de piété, récite le chapelet avec
eux et leur dit avant de partir : Si vous le voulez
bien, avant que je me retire, nous allons faire
ensemble notre prière du soir. Les prisonniers
s’agenouillent sur les dalles et prient avec elle.
À la demande de Mgr Bourget, la Congrégation
des Soeurs de la Providence est fondée en
1843. Émilie prend alors l’habit religieux. Ces
religieuses ont continué longtemps à visiter les
prisonniers et à accompagner les condamnés
jusqu’au pied de l’échafaud.
Agathe Boyer
Sources : Robillard, Denise, Émilie Tavernier-Gamelin,
Montréal, Éditions du Méridien,1988.
Perrier, Onil, Les Québécoises de 1837-1838, Éditions
IDG, LaSalle, 2007
